Une affaire de famille, un film anti-moralisateur qui fait réfléchir

mardi 8 janvier 2019

Mon point de vue sur le dernier film d'Hirokazu Kore-eda.
capture du film où l'on voit les personnages qui regardent un objet hors-champ

Salut ! Aujourd'hui je te parle d'un film que j'ai vu récemment au cinéma et qui m'a beaucoup plu. Il s'agit d'Une affaire de famille (Shoplifters en anglais et Manbiki Kazoku ou 万引き家族 en japonais), du réalisateur Hirozaku Kore-eda. De ce réalisateur, j'avais déjà vu Nobody Knows, un film datant de 2003 mais que je n'ai découvert que l'année passée, alors qu'il était dans ma « watchlist » depuis des années. Les deux films sont comparables puisqu'ils traitent de thèmes similaires (la famille et la pauvreté), et qu'ils le font de manières similaires. J'ai pourtant l'impression qu'Une affaire de famille était plus « puissant », d'une certaine façon, peut-être parce que je l'ai vu sur grand écran, et parce qu'il est plus récent. En tout cas, dans cet article, je vais parler des raisons pour lesquelles j'ai beaucoup aimé Une affaire de famille et le style avec lequel son propos est traité.

Un beau film sur une famille particulière

affiche du film
L'affiche du film
La famille du film est une famille étrange que l'on ne comprend pas complètement aux premiers abords. On ne comprend pas tous les liens relient ses membres, qui ils sont, ni ce qu'ils font dans la vie. L'histoire du film commence lorsque le père et le jeune fils de la famille décident d'accueillir une petite fille qui jouait seule dans leur rue. Pour ne pas trop spoiler, je ne vais pas continuer à raconter le film, mais passer à ce que j'en ai pensé.

De ce film, j'ai aimé d'abord la simplicité des costumes et des décors, l'absence (apparente) de maquillage et le côté « brut » de l'image. Ces éléments montrent que si on n'est pas forcément très loin de l'esthétique de certains autres films et réalisateurs japonais, ce film ne correspond pas aux clichés sur le Japon qui y voient de l'artificialité ou une exagération rappelant les animes ou le cosplay (que je ne tente pas de dénigrer en disant ça).

Dans ce film, il y a des plans coups de cœur, comme le plan pris en plongée totale où l'on observe depuis le ciel la famille qui regarde les feux d'artifices. Il y a aussi des personnages attachants et touchants même lorsqu'ils ne parlent pas ou presque pas.

Contre les jugements de la morale bien-pensante

Ce qui m'a le plus marquée dans Une affaire de famille, c'est sa manière de ne pas inviter le spectateur à juger les personnages. Ce qu'ils font n'est pas toujours moralement ou légalement « acceptable », et pourtant, dans le cadre du film, on accepte leurs actes sans juger, et en tout cas pour ma part, sans se sentir poussé·e dans ce sens par le film dont on a l'impression qu'il présente, montre simplement les choses sans suggérer de condamnation ni d'héroïsation des personnages. Ce « silence » est pour moi une force du film, et je pense qu'il est une forme de discours. Sans que le film ne le dise à travers les personnages ou à travers d'autres moyens, il y a un discours que le spectateur est invité à formuler tout seul, un questionnement posé par le film : qui est-on pour juger et condamner ceux dont on ne sait rien ? Comme Nobody Knows l'avait fait, Une affaire de famille m'a poussée à remettre en question la manière dont on juge quotidiennement des situations sans les connaître. En lisant un fait divers ou en regardant la télévision, nous méprisons et condamnons un ou une inconnu·e. Sans connaître le contexte, sans connaître l'histoire qu'il y a derrière les actes commis, nous les jugeons, sans soupçonner qu'il pourrait y avoir des choses qui rendent ces actes explicables, et finalement presque justifiables. C'est ce que dénonce subtilement Une affaire de famille en nous montrant l'histoire de voleurs, de kidnappeurs, d'arnaqueurs, mais en nous la montrant comme l'histoire d'une famille, comme l'histoire d'êtres humains. Certes, ils ne correspondent pas à ce que la société voudrait que l'on prenne comme exemple, et pourtant, on nous les présente simplement, sans les afficher en criminels ni en figures rebelles et impressionnantes dignes de films américains. C'est juste une affaire de famille.

Je ne dis pas que tout acte criminel peut être excusable par son contexte, ni qu'il ne faut pas condamner les criminels, mais je salue la manière qu'a ce film de condamner à son tour la triste hypocrisie de cette société dans laquelle on condamne et on juge sans arrêt pour se sentir soi-même juste et droit. Peut-être qu'au moins de temps en temps, on pourrait simplement vivre et laisser vivre*.

Question du jour : Est-ce que tu as vu ce film ou est-ce que cet article t'a donné envie de le voir ? Si tu l'as vu, qu'est-ce que tu en as pensé, et es-tu d'accord avec ce que je dis sur le film ?

Salutations cinéphiles,
Emilie


Quelques ressources :

→ La bande annonce du film (même si pour ma part je préfère découvrir les films sans bande-annonce) :


→ J'enregistre les films que je regarde sur mon profil letterboxd.

* Rien à voir, mais je viens d'apprendre que cette formule était liée à la première guerre mondiale, c'est intéressant.

crédit image titre : Wild Bunch Germany

2 commentaires:

  1. Coucou ! Pour répondre à ta question, ta chronique m'a plutôt donné envie de voir ce film !
    Est-ce que c'est plutôt contemplatif ? Et comment est la musique ? :)

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    1. Je suis contente que ce que j'ai écrit t'ait intéressée :)
      Je dirais que le film est assez contemplatif, mais pas tant que ça, c'est assez simple et l'accent n'est pas toujours forcément mis sur la beauté de l'image. Mais je ne sais pas si je juge bien de cet aspect parce que je n'y avais pas pensé, en réalité.
      Pour la musique, tu me poses un peu une colle parce que je n'en ai pas vraiment souvenir. J'imagine que ça veut dire qu'elle n'était pas très prévalente, et je ne serais pas étonnée d'apprendre qu'il y avait peu de musique, mais je ne sais plus vraiment.
      Je n'aide pas vraiment :') En tout cas, je ne peux que recommander le film. C'est une manière de faire un peu différente des gros films américains ou même européens, mais pour ma part, j'aime beaucoup.

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